Voyage au pays des Pharaons

Au cours du printemps 2001, j’ai été invité à me joindre à un groupe de personnes de la région de Montréal, pour un séjour de trois semaines sur la terre des Pharaons.

Notre première visite fut celle la pyramide de Kéops. De bon matin nous nous sommes rapidement dirigés vers elle, avant que ne se produise l'affluence de touristes. Déjà, une file humaine s'allongeait constamment devant son entrée, contrôlée par des gardiens prenant leur rôle très au sérieux. Un simple coup d'œil aux alentours nous indiquait qu'ici, on ne badinait pas avec la sécurité. Des soldats armés étaient postés aux endroits stratégiques, tandis que sur les collines couronnant les lieux, des hommes à dos de dromadaires, immobiles comme des statues sous un soleil brûlant, faisaient la surveillance. Le tourisme étant l'une des industries les plus importantes de ce pays, le gouvernement a renforcé les mesures de sécurité après que des attentats aient été commis contre des visiteurs étrangers

Dès les premiers pas dans cette massive construction de pierres multimillénaire, une sensation spéciale s'empare de toute personne éveillée à l'énergie. La montée vers la chambre de la reine se fait par un long couloir au plafond si bas que l'on doit s'y tenir courbé pour le traverser. J'ai peine à imaginer que les anciens Égyptiens aient été d'assez petite taille pour s'y tenir droit. Peut être devait-on marcher dans cette position en signe d'humilité, pour accéder aux chambres de la reine et du roi. Quoi qu'il en soit, sorti de ce tunnel on peut enfin se redresser pour pénétrer dans la chambre de la reine. Dans cette pièce rectangulaire absolument vidée de tout objet, j'ai été un peu déçu de ne pas retrouver une énergie particulière s'y rattachant.

On accède à la chambre du roi par un long couloir ascendant identique au premier. Dès que les gardiens nous permettent de pénétrer dans la pièce, un étrange sentiment nous enveloppe. Mes mains posées sur la maçonnerie dansaient sous la force de la vibration qui s'en dégage. Ici, tout est chargé d'énergie: le plancher, les murs, l'air que l’on respire et bien sûr, le sarcophage dans lequel les initiés du temps des Pharaons devaient passer des nuits entières. Depuis cette époque, il semble qu'il ait été déplacé pour éviter d’autres incidents malheureux de nature énergétique vécus par certains visiteurs.

Au moment de notre arrivée, deux femmes assises entre les parois de ce rectangle initiatique, y pratiquaient un trop long rituel ce qui a privé les gens de notre groupe de précieuses minutes pour en expérimenter l'énergie. J'ai été le quatrième à m'allonger dans le sarcophage enfin libéré, pour ressentir le puissant courant qui touche et active immédiatement les glandes pinéale et pituitaire. C'est une sensation vraiment unique que j'aurais aimé vivre pendant une heure, sinon toute une nuit, mais le nombre de personnes en attente nous demandait de faire vite. Ici pas de place pour l'égoïsme.

Le Nil est la colonne vertébrale de l'Égypte, et les différents temples érigés sur ses rives sont comme des chakras énergisant le pays. Ce cours d'eau donne vie à un territoire, qui lui doit entièrement son existence. Que ce soit à partir de l'une ou l'autre de ses rives, on ne pourrait marcher bien longtemps en lui tournant le dos sans déboucher dans le désert, où quelque rochers se sentent bien seuls pour faire obstacle à un sable qui, sous la poussée du vent recouvre tout. Parfois un arbre séculaire, s'abreuvant sans doute à une source souterraine, vient surprendre notre regard en brisant la monotonie du paysage. Nous pouvons aussi constater que les dromadaires profitent largement de son ombre bienfaisante, en laissant de nombreux dépôts qui, ensablés témoignant de leur passage.

Nous avons mis quelques jours à visiter les temples, touchant les pierres pour nous imprégner de leur vibration et personnellement, je n'ai vécu aucune sensation me ramenant à une incarnation antérieure comme cela s'est produit pour quelques autres personnes. La semaine suivante, un avion nous a conduit en Haute Égypte et nous sommes descendus à Philae chez les Nubiens.

Si les dieux n'ont pas transporté en cet endroit un coin du Paradis perdu, ils se sont certainement donné la main pour le recréer. Toutes les nuances du mot douceur s'y sont donné rendez-vous. On peut attribuer ce qualificatif au climat, aux énergies et au peuple du pays. Le soir même de notre arrivée, dans une méditation sur le toit de l'hôtel, je me suis vu au cours d'une précédente incarnation, vêtu d'une tunique blanche, vivre une initiation. J'ai d'abord eu la vision d'un homme allongé face contre terre, en signe d'humilité, devant un Grand Prêtre qui l'a affectueusement relevé pour lui faire vivre un rituel où l'imposition des mains tenait une place prépondérante.

Ce rituel de l'officiant a été répété à de nombreuses reprises par l'entité que j'étais à ce moment, sur des hommes jeunes ou d'âge mur, longuement préparés par des heures d'enseignement. J’ai vu ce prêtre-initiateur faire sa transition sur l'autre plan, après une très longue vie, la vie sereine de celui qui sait être là pour servir. Il reposait dans un cercueil, toujours vêtu d'une tunique blanche qui, comme par osmose, avait avec le temps aussi blanchi sa barbe et ses cheveux. Je suis revenu à la réalité du moment sous un vent chaud et humide soufflant du sud, alors que dans le ciel étoilé, une lune croissante veillait sur cette nuit incomparable.

Pendant quatre jours, notre bateau a redescendu le cours du Nil, ne retournant vers la rive que pour nous permettre de visiter les importants sites historiques, en compagnie de notre guide égyptien. Les berges que nous longions se faisaient tantôt vertes et habitées, tantôt désolées, car, à certains endroits, le désert mesquin niant tout droit de vie à la végétation, avançait effrontément ses dunes jusque sur la rive. Le quatrième jour, après trois nuits de sommeil bercé par les vagues, nous sommes arrivés en vue de Louxor, ville qui porte en elle de superbes pages d'histoire.

De grands palmiers, tels d'énormes parasols, ombrageaient le terrain entre notre hôtel et le Nil. Quelques bancs discrètement placés, invitaient au recueillement. Pour la troisième fois depuis mon entrée en Égypte, je ressentais quelque chose de vraiment spécial me toucher dans l'énergie d'un lieu. Le lendemain de notre arrivée, j'avais besoin de me retrouver seul et, plutôt que de suivre le groupe dans une visite de la ville et pour marchander dans les souks, j'ai préféré passer l'après-midi sur place. C’est là que j’ai reçu le message dont j’ai précédemment fait le récit.

Après Philae et Louxor, pour moi la ville la plus agréable fut Alexandrie. Sise sur les bords de la Méditerranée dont les vagues millénaires viennent lui baigner les pieds, elle a acquis une personnalité dégageant un charme particulier et très attirant. Du balcon de notre chambre d'hôtel, nous avions une vue exceptionnelle. Sur la droite une suite de villas revêtues de blanc se perdait à l'horizon. Devant nous, la mer bleue où des bateaux traçaient lentement leur sillage et, plus près de nous sur la berge, de nombreux palmiers nains bordaient et ombrageaient une longue promenade asphaltée dont nous avons largement profité. Mon enfant intérieur, subitement très éveillé, était en tout à sa joie.

Notre voyage en était à ses derniers jours lorsque nous sommes retournés au Caire. J'étais de ceux qui souhaitaient vivement profiter d'une promenade dans le désert à dos de dromadaire. L'avant dernier soir de notre séjour en terre égyptienne nous avons concrétisé ce désir. C'est une expérience inoubliable que de monter ce camélidé pour la première fois. L'animal est couché pour nous permettre de prendre place et lorsqu'il se relève, redressant d'abord ses longues pattes arrière, on est brusquement projeté vers l'avant. Heureusement que nous sommes bien avertis de nous cramponner au pommeau de la selle, car nous nous retrouverions inévitablement à manger du sable tout près de l'oeil satisfait de notre monture.

La vue de la caravane accompagnée de chameliers expérimentés qui prenait son élan, avait quelque chose de rassurant. Ces hommes sauraient contrôler la situation si l'un des blatéreurs à l'allure hautaine s'avérait mal luné. Après quelques kilomètres nous nous sommes arrêtés pour vivre un petit rituel. Assis en demi-cercle face à nos transporteurs herbivores dignement couchés sur le sable, nous prêtions une oreille religieusement attentive à la voix de notre guide égyptien qui lisait, dans sa langue, quelques passages du Coran à notre intention. Je sentais mes corps subtils comme fondus dans les éléments de notre environnement qui étaient en harmonie avec l'énergie se dégageant de cette lecture. Sur notre gauche, nous percevions les pyramides baignant dans les lumières du soleil couchant, pendant que ce dieu des Anciens Égyptiens étalait ses feux pour nous dire, au revoir.

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